Retour sur la soirée littéraire autour de Charles Péguy

Le pari était risqué : présenter l’œuvre de Charles Péguy est toujours périlleux. C’est cependant le défi que releva jeudi soir à la médiathèque Michel Serres  l’équipe de lecteurs composée de Marie-Catherine Blanc, Marie-Claire Catherine, Odile Lautman, Martine Mazurier et Guy Rousseau.

Après l’historique du groupe créé en 2002 à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Victor Hugo, retracé par Françoise Gourin, adjointe à la culture, Jean-Pierre Lautman s’employa à redonner à l’auteur si singulier la place qui est sienne dans la littérature et la politique française contemporaines de l’affaire Dreyfus. D’entrée de jeu, il cita ce tract diffusé de nuit à l’initiative d’Edmond Michelet à Brive-la-Gaillarde la veille de l’appel du 18 juin 1940 :
« Celui qui ne se rend pas a raison contre celui qui se rend… En temps de guerre, celui qui ne se rend pas est mon homme, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, et quel que soit son parti. Il ne se rend point. C’est tout ce qu’on lui demande. Et celui qui se rend est mon ennemi, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, et quel que soit son parti. Et je le hais d’autant plus, et je le méprise d’autant plus, que par le jeu des partis politiques, il prétendait s’apparenter à moi. »

Ces fortes lignes prises chez Péguy campent l’exigeante rigueur morale et intellectuelle d’un écrivain mal connu et qui sort lentement du purgatoire dans lequel on l’a plongé et auquel lui-même ne croyait pas, non plus qu’à l’enfer.
Sa poésie dramatique mise en voix, notamment avec la figure centrale de Jeanne d’Arc, fut explicité le projet unique dans l’histoire que furent les Cahiers de la quinzaine lancés par Péguy contre toutes les chapelles idéologiques, de sa librairie sise face à la Sorbonne, de 1900 à la veille de sa mort.
Attentif du début à la fin de deux heures captivantes, l’auditoire fut étonné d’entendre, parmi nombre de propos prophétiques de Péguy, celui-ci tiré au terme de cette riche soirée d’un texte sur lequel il travaillait encore quelques jours avant sa mobilisation :
«  Pour la première fois dans l'histoire du monde les puissances spirituelles ont été toutes ensemble refoulées non point par les puissances matérielles mais par une seule puissance matérielle qui est la puissance de l'argent. Et pour être juste, il faut même dire : Pour la première fois dans l'histoire du monde toutes les puissances spirituelles ensemble et du même mouvement et toutes les autres puissances matérielles ensemble et d'un même mouvement qui est le même ont été refoulées par une seule puissance matérielle qui est la puissance de l'argent. »

Péguy, un auteur actuel ? C’est indiscutablement prouvé.