Retour sur la soirée littéraire - 70 ans aprés la libération des camps de concentration

 

 

Photos : Marc Blanc

 

Jeudi soir 29 janvier, était commémoré d’originale manière à la médiathèque Michel Serres le 70e anniversaire de la libération des camps de concentration nazis. Dans son introduction, Jean-Pierre Lautman s’effaça devant deux grandes voix ayant connu l’enfer de Ravensbrück.

D’abord celles de Marie-Claude Vaillant-Couturier :

« Comment parler de la déportation ? [...] Tout était pire que ce que nous pouvons raconter. Les mots ne rendent qu'une partie de la réalité. Ils ne rendent pas compte de la durée du temps écoulé car dans les camps les plus durs on se demandait chaque soir si on aurait la force de revivre le lendemain. C’est une expérience difficilement communicable et seuls les déportés savent de quoi ils parlent. On m’a parfois demandé d’évoquer ce que j’avais connu de pire à Auschwitz. Tout y était horrible. Comment choisir ? […] Les mots peuvent-ils réellement montrer l'inconcevable ?.... »

 

Puis celle de Geneviève de Gaulle-Anthonioz :

Notre retour de captivité, nous sentions que nous devions raconter ce que nous avions vécu et que nos camarades disparus attendaient de nous ce témoignage, mais à peine avons-nous ouvert la bouche que nous avons pris conscience que notre expérience était intraduisible, indicible. Cela ne renvoyait pas tant à ce que nous avions souffert ou aux images que nous gardions en mémoire qu'aux profondeurs de l'être humain qui touchent à l'universel. Par la déportation, les nazis cherchaient davantage à détruire qu'à tuer et s'acharnaient à s'attaquer aux profondeurs mêmes de la personne. Cela, c'est impossible à raconter même si certains, Primo Levi pour n'en citer qu'un, ont été assez éloquents.

 

Cette dimension de l’indicible rappelée, le présentateur de la soirée expliqua que les formes de création artistique des déportés que sont la musique, le dessin, le théâtre, la danse, la poésie… constituaient un un acte de résistance. Nicolas Fomitchef dont nous ne savons rien sinon qu’il fut déporté, l’exprima clairement avec ce poème :

Malgré surveillance, rondes,

fouilles des gardiens de camp,

je possède une arme :

mes vers,

qui ne sont pas chargés à blanc

mais à balles.

 

Au terme de ces préliminaires conçus pour éclairer le déroulement de la soirée, l’équipe de lecteurs prêta ses voix aux poèmes de déportés morts en camps ou rescapés. Captivé par la force percutante des vers écrits dans les pires conditions qui soient, l’auditoire apprécia la justesse de ce poignant témoignage sur une réalité traquée par les mots.

 

Jean-Pierre Lautman conclut la soirée en racontant les grandes lignes d'une marche de la mort rapportée par un déporté d'Auschwitz survivant de sa famille, dont des extraits ont été publiés dans le n° de ce mois du journal de la FNDIRP. Chaque auditeur put emporter un exemplaire du récit intégral de cette marche.

 

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