Marie-Christine Fillou aux JO de Londres

La championne de tennis de table Marie-Christine Fillou, est sélectionnée et va participer pour la deuxième fois aux jeux paralympiques. Elle sera l’une de nos chances de médaille aux JO de Londres. Elle accepte de lever le voile sur sa vie d’athlète handisport.

Ses débuts
« Quand je suis devenue handicapée en 1994, je prenais beaucoup de médicaments. Le sport a été mon antidépresseur. Il faut savoir que dans ces cas-là, on a souvent tendance à rester chez soi et à se morfondre. Quand je me suis inscrite au club de Véretz, je n’avais pas de voiture ni de maison adaptée. Mais tout le monde s’arrangeait pour m’emmener, pour me porter. Au centre de rééducation, j’avais essayé le basket – trop physique – et le tir à l’arc – mais je n’y arrivais pas. Le tennis de table m’a en revanche tout de suite plu. »

Son parcours
« Etant gamine, j’avais pratiqué un peu le ping-pong en loisirs. J’ai commencé le tennis de table en 97 dans un club valide, à Véretz. Et en 2002, la fédération handisport m’a donné une "well card" (ticket d’entrée, NDLR) pour les championnats de France à Guérande.  J’ai pris une fessée parce que je ne savais pas jouer avec des personnes en fauteuil. J’avais l’habitude d’être à deux mètres de la table alors qu’en handi, on joue beaucoup plus serré. On joue sur le handicap de l’adversaire. Sur ses points faibles. Un peu cruel n’est-ce pas ? »

« J’ai pris une licence pour la saison suivante et en 2005 j’étais championne de France. La même année, j’ai participé aux championnats d’Europe en Italie, où nous avons fini vice-championnes d’Europe par équipe. En 2008, j’étais sélectionnée aux Jeux Olympiques de Pékin où nous avons récolté la médaille de bronze par équipe. Et en 2011, j’ai participé à mes premiers championnats du monde à Gwanju (Corée). Là je n’ai pas eu de chance, j’ai terminé 4e simple, et 4e par équipe. Mais c’était quand même un bon résultat ; on ne m’attendait pas à ce niveau-là. En 2011, je suis également à nouveau championne de France, et vice-championne d’Europe par équipe dans notre catégorie de handicap classe 3 (cf. encadré). »

Son entraînement
« En ce moment, nous nous préparons en vue d’une sélection. Cela peut représenter de 5 à 6 heures par jour. Il faut savoir se donner à fond 3, 4 jours, mais aussi s’avoir s’accorder du repos. Je fais attention à mon alimentation. Car en fauteuil ça ne pardonne pas. Je vais 2 fois par semaine chez le kiné pour travailler mes épaules, entre autres. Et je fais des exercices à la maison, notamment des balades en fauteuil de 3 ou 4 km. »

 Ses JO de Pékin
« C’est monstrueux !!! Pour moi c’étaient les premiers, j’avais l’impression d’avoir 10 ans ! Avant d’arriver dans le stade, on avait déjà eu droit à notre lot d’émotion. Quelques amis et la famille avaient fait le déplacement, et quand nous sommes arrivés au stade, ils étaient au pied du bus ! Au moment d’entrer dans l’enceinte, dans le très long couloir, toutes les délégations se suivaient et avaient chacune leur chanson. Ça faisait un grand brouhaha. En arrivant à la sortie du tunnel, on a commencé à entendre les clameurs des 90 000 spectateurs. Le mélange des deux m’a fait l’impression d’une gigantesque explosion. Le son, l’image : je n’avais pas les yeux assez grands !
Dans la salle de compétition, la famille s’était rapprochée de ma table. J’avais perdu mon premier match de poule contre une italienne par 3 sets à 0. Le second match était également mal parti. Et puis j’ai entendu ma fille crier : allez maman ! bouge-toi le c.. ! Ça m’a fait l’effet d’une détonation. Ils ne pouvaient pas avoir fait tout ce voyage pour me voir seulement perdre. La polonaise qui était en face de moi, et qui parlait le français, a alors compris que les chances s’étaient inversées. J’ai fini par gagner 3 sets à 2. »


L’équipe de France
« Même quand on ne joue pas on s’encourage les uns les autres. Et quand l’un d’entre nous gagne une médaille, on a le sentiment d’en gagner un petit morceau. Il règne une grande cohésion dans le groupe. Avec les stages de préparation, on passe régulièrement des semaines où l’on est 24/24 heures ensemble. Il faut être conciliant, mais je sais m’adapter. » Sa partenaire de jeu du jour, Florence, fait gentiment la moue. Les deux athlètes se chambrent, puis Florence se rattrape : « Elle nous amène tout le temps des gaufres et des gâteaux. Elle nous chouchoute. Il ne faut pas le répéter mais c’est la doyenne du groupe. »

Les médias
« France TV fait du gavage avec les Jeux Olympiques mais ne retransmet les Jeux handisports que sur Internet. Lors des précédents jeux, ils avaient annoncé que la cérémonie d’ouverture serait retransmise en direct mais, en fait, pour la visionner, il fallait regarder une chaîne… anglaise. C’est dommage car les résultats sont là. En Chine, nous avons récolté 52 médailles toutes disciplines confondues. Je ne dis pas qu’il faut le même dispositif médiatique mais qu’au moins les gens sachent que ça existe. »

La transmission
« J’ai un diplôme d’entraîneur départemental. Avant, j’assurais régulièrement les relances au pôle espoir. C’est une bonne façon de s’entraîner aussi. Aujourd’hui, cela m’arrive d’encadrer les pongistes du SAS quand il y a un remplacement à faire. Par ailleurs, en tant que vice-présidente du comité départemental, je fais de la sensibilisation dans les établissements scolaires et les entreprises. On propose par exemple des parcours en fauteuil ou en situation de malvoyance. »

« A Saint-Avertin, nous n’avons eu aucun problème pour labelliser le club et ouvrir une section handisport. C’était en 2006-2007. Les gamins, pour eux, c’est naturel de me voir en fauteuil. Ils l’essaient, j’ai d’ailleurs laissé mon ancien sur place, avec lequel ils s’amusent parfois. Je pense que ce sont des gamins qui vont avoir une plus grande ouverture d’esprit. Et qui, quand l’un de leurs copains sera en situation de handicap, auront une approche différente. »


Des handicaps classés
Selon les disciplines sportives, les athlètes handisport sont classés en fonction de leur handicap. Pour le tennis de table, il existe 11 classes de handicap :
1 > 5 / Sportifs en fauteuil ou ne pouvant pas jouer debout
6 > 10 / Sportifs en situation de handicap pouvant jouer debout (amputation d’un bras par ex.)
11 / Athlètes du sport adaptés (concerne plutôt les handicaps de type moteur cérébral, cette dernière catégorie concourant désormais et pour la première fois à Londres aux jeux handisports)

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