Gréco, la tragédienne
Juliette Greco était au Nouvel Atrium, mercredi 26 mai pour un concert exceptionnel.

On dirait une figurine tout droit sortie d’un dessin animé old school.
Cette silhouette de chauve-souris, ses bras qui s’étirent et s’enlacent, ses mains formant des arabesques : sur la scène, plus qu’une interprète, nous sommes face à la grâce en présence. Juliette Greco ne chante pas, elle incarne. Autant, sinon plus, comédienne que chanteuse. Une carrière – 60 années ! -, une vie – 83 ans -, font d’elle le porte-voix rescapé d’une chanson française disparue. Disparue ? Pas tout-à -fait. En témoignent les morceaux écrits pour elle par Olivia Ruiz ou Abd Al Malik. Avec les paroles de ce dernier, la grande dame nous prouve que, loin de se borner à la facile nostalgie, elle est bien au contraire une « précurseuse » du slam, du rap, et consorts. Et même quand elle interprète « Un petit poisson un petit oiseau », « la balade de Prévert » ou « La javanaise » (dont on se doute qu’elle les a chantés mille fois), elle parvient à donner à ces « tubes » un sens nouveau, inextricablement lié à l’instant présent. Elle incarne, qu’on vous dit. Bien sûr elle mange les mots, bien sûr elle « tragédise » mais, à quelques rares exceptions, chaque phrase fait mouche, unanimement, profondément. Alors que défilent les morceaux de notre vie – « la chanson des vieux amants » -, le fil des émotions qui font de chacun un être sensible se tend, prêt à craquer, presque ravi d’être rompu par la douloureuse extase. Au sortir de ce concert – plus qu’un concert, une émotion collective -, on se sent à la fois vidé – tant est cathartique la voix de la diva – et empli de vie. De ces bribes d’existences qui, de Saint-Germain des-Prés, ont su traverser les décennies pour venir faire une apparition d’un soir au Nouvel Atrium de Saint-Avertin.
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