Charles BUJEAU

« ESPACE[S] CONSTRUIT[S] »

Exposition du 16 avril au 23 mai

 

La production de Charles Bujeau est multiforme. Récemment, la série des Maisons a occupé chez l’artiste une place notable qui ne cesse de faire écho en nous. Tentons de dire pourquoi.

Les maisons en question ont commencé ( années 2000) par être des images peintes (70x100) ; elles sont ensuite devenues les unités d’un étrange mini bidonville à mi-chemin de l’art du recyclage africain et du Nouveau Réalisme. Charles Bujeau est ensuite passé à la confection de maquettes, puis à la construction d’ensembles modulables en vue de constituer des installations. Peintes ou réalisées sous forme d’objets en trois dimensions, les dites maisons sont toujours des propositions utopiques qu’informerait cependant une secrète « habitabilité ». De quoi s’agit-il ?

Les maisons de l’artiste ressemblent à ces cabanes où, enfants, nous rêvions de vivre. Curieusement, Bujeau a dessiné ou bricolé ces abris sans ouverture comme s’il s’était agi pour eux de résister aux assauts des méchants ou des intempéries.

Les Maisons que Charles Bujeau a dessinées, puis badigeonnées, sont des formes gagnées sur le rien qui les entoure. Elles sont, au sens propre, des foyers que leur simplicité fait, également, ressembler à des idéogrammes. En bref, ce sont à la fois des images et des idées de maisons. Cette « sémiographie » relève à la fois de l’esprit d’enfance et d’un certain primitivisme. De fait, Bujeau a pu descendre en deçà des symboles, à ce stade où représentations et indices sont encore mêlés. Ce trait, fort ancien, est d’une étonnante actualité. Une part de l’art moderne n’est-il pas ce regressus assumé grâce à quoi le peintre, faisant le deuil de la belle forme, traque des contours, réduits à l’essentiel ? L’extrême dépouillement auquel atteint Bujeau nous fait-il ainsi voyager (fort plaisamment) de la stéréotypie à l’archétypie. Comme les schèmes de l’homme, de la montagne ou du soleil, ses maisons ont pour nous la vertu de formes « premières ». Bujeau peint comme «écrivaient » nos lointains ancêtres, déjà capables d’articuler silhouettes et macules de pigments. Fraîcheur du propos de l‘artiste : celui-ci tire de ses supports des périmètres d’aubaines, dont on pensera qu’ils sont des tableaux a l’état naissant. En somme, Bujeau brosse tout autant des objets qu’il instaure la condition de leur reproduction. A sa façon, Bujeau réinvente donc la peinture. Ses maisons forment un village comme les tableaux, rapprochés du fait du plasticien (ou de l’amateur éclairé), créent un lieu propice à notre édification

Pierre Fresnault-Deruelle

Charles Bujeau

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